John Cage contre votre iPod

La musique de John Cage est une rencontre qui ne m'a laissé pas indifférent. Ça a commencé avec un sourire, la première fois que l'on m'a parlé de ses 4'33" (4 minutes 33 secondes de silence), suivi de beaucoup de perplexité en écoutant un peu son œuvre. Il m'aura fallu un voyage au Japon avant de commencer à voir du sens dans son approche.

Cage in a nutshell

Pour Cage, les règles par lesquelles certains cherchent à définir ce qu'est la musique n'ont pas de sens : l'enchevêtrement des sons est fascinant, quelles que soient les conditions dans lesquelles il se produit. Il racontait ainsi qu'il lui suffisait d'ouvrir la fenêtre de sa chambre le matin pour se réveiller au son d'une symphonie complète ; ou encore, en parlant de ses 4'33" : « je peux les écouter tous les jours dans le métro, et je découvre à chaque fois une version différente ».

Il ne faut pas pour autant prendre le personnage pour un fumiste : Cage ne s'est pas contenté de laisser libre cours au bruit ambiant, il a par exemple développé un nouveau système de notation musicale adapté à l'introduction d'événements aléatoires, et permettant de donner plus de liberté à l'interprète. Le hasard et la frontière entre bruit et musique étaient le lieu où il exercait sa créativité.

Surviennent les écouteurs

Depuis que je suis arrivé à Tokyo, j'ai eu l'occasion de me promener dans les différents quartiers de la métropole, et j'ai découvert que j'appréciais beaucoup l'ambiance sonore propre à chacun : les haut-parleurs colossaux des buildings de Shibuya dominant le gros murmure de la foule, le calme bruissant des temples à Asakusa ponctué par les cris des marchands, ...

Mais je repense surtout à John Cage le matin dans le métro, quand je vois de nombreuses personnes en train de lire des mangas avec leurs écouteurs aux oreilles. Le baladeur, c'est le rejet de la partie auditive de son environnement, dont on remplace l'aléatoire et l'imprévu par le même, le connu, le morceau vingt fois écouté qui ne nous réserve plus de surprise... On dirait que les gens dans le métro cherchent à échapper à leur sort.

Je dis ça, mais je suis le premier à sortir mes écouteurs. Comme j'ai remarqué ma tendance à ne jouer que des morceaux que je connais déjà, depuis peu, je fais l'expérience des 4'33" le matin : je range les écouteurs, et je ne fais rien de particulier, sinon être attentif à ce qui se passe autour de moi, à ce qui rend ce moment original par rapport aux précédents. Plutôt que de chercher à s'isoler de son environnement, ce qui peut être frustrant voire voué à l'échec, l'idée est d'essayer de le considérer comme un objet d'intérêt. Comme le faisait John Cage qui pouvait écouter, à loisir, ses 4 minutes 33 secondes de silence.

PS : demandez-vous : depuis combien de temps connaissez-vous la musique que vous écoutez en ce moment ? C'est peut-être une statistique intéressante.

John Cage
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