Exercice de la liberté économique

Les démocraties telles qu'elles sont pratiquées aujourd'hui ne donnent pas le pouvoir au peuple, contrairement à ce qu'indique l'étiquette (dēmokratía signifie « souveraineté du peuple » en grec ancien). Quand on parle de démocratie de nos jours, on pense surtout au système des élections qui est utilisé pour légitimer les gouvernements. Mais les élections ne confèrent pas de véritable pouvoir de décision car les électeurs ne choisissent pas la question qui leur est posée. Si la majorité est contre une certaine mesure mais que tous les candidats sont pour ou préfèrent ne pas en parler (ce qui revient au même), cette majorité ne peut pas s'exprimer [1].

Regardons quelles autres possibilités nous sont offertes.

Trois libertés fondamentales

Je viens de lire Cypherpunks: Freedom and the Future of the Internet, le livre de Julian Assange publié en français chez Laffont sous un titre accrocheur : « Menaces sur nos libertés. Comment Internet nous espionne. Comment résister. » Notez comme le "Future of the Internet" (qui est un des messages forts du livre : nous sommes en train de construire l'Internet de demain, par nos actions ou notre inaction) a disparu au profit d'un « Internet nous espionne. Comment résister », ou l'Internet apparaît comme un ennemi auquel il faut échapper. Full contresens.

Pardon, je m'égare :) Ce livre est plein d'idées intéressantes et je vous recommande vivement sa lecture. Les quatre auteurs qui conversent ont beaucoup de choses à raconter sur la façon dont les gouvernements exercent leur contrôle. Le livre a été publié en 2012, mais il se lit encore mieux de nos jours dans le contexte des révélations successives par Edward Snowden des programmes de surveillance mondiale PRISM, XKeyscore ou Tempora (en attendant la suite). À ce sujet, je vous conseille également le site PRISM Break.

Mais je m'égare encore :) Dans ce livre, donc, Assange distingue trois libertés fondamentales (c'est-à-dire dont on peut déduire toutes les autres) :

  • la libre circulation des personnes (liberté physique) ;
  • la libre circulation de l'argent (liberté économique) ;
  • la libre circulation des connaissances (liberté d'expression).

Dans son cas, le gouvernement américain l'a effectivement privé des deux premières : physique (il a été emprisonné à domicile, sans charges, pendant plus d'un an avant de se réfugier à l'ambassade d'Équateur) et économique (le blocus financier des compagnies de carte bancaire américaines contre Wikileaks). Cependant, il n'a pas réussi à lui enlever la troisième : Wikileaks existe encore.

Dans ce billet, j'aimerais revenir sur la seconde liberté.

Liberté économique

En théorie, nous autres citoyens français, nous pouvons faire ce que nous voulons de notre argent. En particulier, nous pouvons l'investir dans des entreprises de la société civile, ce qui constitue un pouvoir plus important que le droit de vote.

Dans mon cas, je suis convaincu que la neutralité d'Internet est une bataille décisive qui se joue maintenant entre les gouvernements, qui cherchent à affermir leur contrôle, et la société civile, qui découvre qu'elle peut s'exprimer et se réinventer à travers ce nouveau moyen de communication. Il existe une association en France qui se bat pour préserver cette neutralité, La Quadrature du Net, et que je soutiens par des dons mensuels.

Flattr cherche à simplifier les dons en automatisant le processus. Avec ce service, on se fixe un budget mensuel de dons, après quoi on peut « flattrer » les entités qu'on veut soutenir (associations, artistes, sites web, ...). À la fin du mois, Flattr répartit le budget en parts égales et le reverses aux entités flattrées. Je l'utilise par exemple avec Grooveshark (mise-à-jour : désormais abattu par ses détracteurs :/) : chaque fois que je marque un morceau comme « favoris », l'artiste est automatiquement flattré et il recevra un don direct à la fin du mois.

Aujourd'hui, notre liberté économique est régulée par les banques et les entreprises américaines de cartes de crédit (VISA et Mastercard), ce qui restreint déjà notre liberté (par exemple, on ne peut pas faire de don à Wikileaks par carte bancaire). Les monnaies électroniques comme Bitcoin sont une alternative intéressante : elles ne dépendent d'aucun gouvernement ou organisme centralisé, et n'importe qui peut en donner ou en recevoir (pensez aux commerces qui doivent payer de grosses commissions quand ils veulent s'équiper pour accepter le paiement par CB) [2].

Je vois un avenir possible où le logiciel permettra de faire des dons de façon simple et compréhensible, par exemple via un logiciel de « traitements de dons » sur son ordinateur. Cela donnerait également aux gens une idée claire de leurs convictions et de leurs goûts, un peu comme les pochettes d'album dans votre bibliothèque musicale vous donnent une représentation de la musique que vous aimez écouter. Mais cet avenir n'existe pas encore et ces logiciels restent à programmer. Références

Vous trouverez d'autres arguments et des exemples sur le site La vraie démocratie, que je vous recommande, mais avec réserve. Son ton est prosélyte et la bibliographie ne comporte pas de contre point de vue. Le système « Ajouter une objection » part dans une bonne direction, malheureusement il n'est pas transparent : il n'y a pas de liste publique de toutes les objections soumises, on ne peut donc pas voir lesquelles ont été sélectionnées pour apparaître dans l'argumentaire (un système à la Pitika serait le bienvenu).

Voir par exemple cette histoire de Wired (en anglais) sur des sans-abris américains qui passent du temps en ligne moyennant salaire en bitcoins, ce qui leur évite de mendier.

Références

  1. Vous trouverez d'autres arguments et des exemples sur le site La vraie démocratie, que je vous recommande pas sans réserve. Son ton est prosélyte et la bibliographie ne comporte pas de contre point de vue. Le système « Ajouter une objection » part dans une bonne direction, malheureusement il n'est pas transparent : il n'y a pas de liste publique de toutes les objections soumises, on ne peut donc pas voir lesquelles ont été sélectionnées pour apparaître dans l'argumentaire (un système à la Pitika serait le bienvenu).
  2. Voir par exemple cette histoire de Wired (en anglais) sur des sans-abris américains qui passent du temps en ligne moyennant salaire en bitcoins, ce qui leur évite de mendier.
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